L'ESTAMPE

ANDRÉ BÉGUIN

2, rue Danville
75014   PARIS
Tél. & Fax : 01 43 21 41 16

Présentation de André Begin

Internet : http://www.estampe.net

I - LES GRANDES FAMILLES DE L'ESTAMPE

            Une estampe est une image - généralement sur papier - résultant d'une impression. C'est ce qui la distingue d'un dessin, d'un texte manuscrit ou d'une peinture. C'est aussi ce qui lui permet d'être reproduite à plusieurs exemplaires.

            L'impression de l'estampe est réalisée grâce à un élément d'impression dont il existe plusieurs types, chacun d'eux se caractérisant par la manière dont on dispose l'encre à sa surface. Il est en effet essentiel, lors d'une impression, de différencier les parties qui reçoivent l'encre et celles qui ne doivent pas la recevoir.

            En fonction de cette disposition de l'encre sur l'élément d'impression, on peut donc distinguer quatre grandes familles d'estampe :

 

            1 - L'ESTAMPE EN RELIEF - Le dessin est en relief et les creux correspondent aux blancs. Ce sont donc les parties en relief qui reçoivent l'encre. Celle-ci est déposée à l'aide d'un tampon ou d'un rouleau dur, afin que l'encre ne pénètre pas dans les creux. Le papier reçoit l'image en étant pressé sur les parties en relief encrées. Cette technique est celle du bois gravé.

            2 - L'ESTAMPE EN CREUX - Le dessin est en creux et les surfaces en relief correspondent aux blancs. Ce sont donc les parties creusées qui reçoivent l'encre. Celle-ci est déposée à l'aide d'un tampon ou d'un rouleau mou, afin que l'encre pénètre bien dans les tailles. La nécessité de parfaitement nettoyer les parties en surface qui donneront les blancs rend l'opération de l'encrage plus délicat que dans la technique en relief. Cette technique est celle du métal gravé, dite en taille-douce, parce qu'elle donne des tailles plus fines que celles du bois gravé. Le papier sera comprimé dans les creux où il prendra la charge d'encre afin de recevoir l'image.

            3 - L'ESTAMPE À PLAT - Dans cette technique, la surface de l'élément d'impression ne comporte ni creux ni relief. La différenciation entre parties encrées et parties non encrées est d'ordre chimique. Son principe repose sur l'antagonisme entre le gras et l'humide. Le dessin sera effectué avec une encre grasse ou un crayon gras qui, lors de l'impression, retiendront l'encre grasse déposée à l'aide d'un rouleau. Afin que l'encre du rouleau ne se dépose pas sur les parties destinées à rester blanches, celles-ci seront mouillées et maintenues humides tout le temps de l'impression. Cette technique est celle de la lithographie, réalisée sur une pierre ou sur un substitut de celle-ci. Le papier sera pressé sur la pierre encrée grâce à un dispositif de raclage.

            4 - L'ESTAMPE AU POCHOIR - La technique du pochoir consiste à obliger l'encre, tamponnée sur le papier d'impression à l'aide d'un gros pinceau à poils courts, la brosse à pochoir ou à jasper, ou pochon, à ne s'appliquer qu'à travers les découpages d'une mince feuille de métal, de plastique ou de carton, de telle sorte que l'image imprimée soit celle qui est à l'intérieur des découpages. L'amélioration de cette technique est la sérigraphie, qui permet une image beaucoup plus fine. En effet, dans ce cas, l'encre passe à travers les mailles d'un tissu tendu sur un cadre et il suffit de boucher certaines mailles pour constituer l'image. On peut ainsi obtenir des valeurs, ce qui n'est pas possible avec le simple pochoir découpé. Sur le tissu, appliqué sur le papier, on pousse l'encre à l'aide d'une racle ou raclette.

            En dehors de ces quatre familles, il existe plusieurs procédés dont les impressions sont considérées comme des estampes.

            LE MONOTYPE - Il s'agit du simple report manuel d'un dessin exécuté à l'encre ou à la peinture sur une plaque de métal, de marbre, de plastique ou de verre. On pose la feuille de papier sur l'encre ou la peinture encore fraîches et l'on presse. 

            LE CLICHÉ SUR VERRE - Il s'agit d'une photographie sur papier sensible, dont le cliché a été dessiné manuellement par l'artiste. Pour réaliser ce cliché, une plaque de verre est enduite de peinture blanche et posée sur une surface noire, de sorte que si l'on gratte la peinture, le trait de l'image apparaît en noir. Une fois le dessin exécuté, l'impression se fait selon les méthodes photographiques classiques .

            La photocopie est parfois considérée comme une estampe si elle est faite dans ce but et exécutée dans une intention artistique.

II - LES TECHNIQUES DE L'ESTAMPE

            1 - LE BOIS GRAVÉ EN RELIEF - C'est la plus ancienne des techniques de reproduction. En Occident, elle apparaît à la fin du XIVe siècle et elle était certainement connue avant en Asie. Le plus ancien bois que l'on possède - le Bois Protat - se trouve au Cabinet des Estampes de Paris. Il était probablement destiné à imprimer des tissus de nappes d'autel. La typographie découle directement du bois gravé, puisqu'au début, le texte était gravé sur une planche ( impression tabellaire ). Le caractère fut ensuite isolé et mobile, d'abord en bois avant d'être en plomb. L'impression typographique coïncide également avec la diffusion du papier en Occident qui va devenir le support essentiel aussi bien d'un texte que d'une image.

            La planche à graver est en bois dur ( cerisier, noyer, poirier, tilleul ), coupé dans le sens du fil, c'est-à-dire dans le sens vertical du tronc. La première opération consiste à dessiner sur la planche le sujet qui devra être gravé. Puis, on isole le trait du dessin en creusant de chacun de ses côtés un fossé en biais, afin que la partie isolée soit plus large à sa base qu'en haut pour ne pas s'écraser sous la pression de la presse; c'est le détourage, exécuté à l'aide du canif, lame très tranchante tenue par un manche. On creuse ensuite toutes les parties entourant le trait, qui doivent rester blanches à l'impression, à l'aide de gouges et de ciseaux. Lorsque la gravure est achevée, on peut imprimer, soit manuellement soit à l'aide d'une presse typographique. Dans les deux cas, la surface de la gravure est encrée et le papier posé dessus. À la main, on frotte le dos du papier avec un frotton
( baren, au Japon ). Avec la presse, on fait tomber une lourde masse, la platine, sur le papier. L'impression typographique est inversée par rapport à la gravure.

            Cette technique, dite de bois de fil, donne nécessairement un trait assez épais au dessin, puisque celui-ci doit supporter la pression et ne pas s'écraser. Afin d'affiner le trait et de pouvoir donner des valeurs au dessin, on a imaginé, au XVIIIe siècle, un autre procédé de gravure : le bois de bout. La planche est cette fois coupée dans le sens horizontal de l'arbre, puis découpée en petits cubes, que l'on colle entre eux après les avoir laissé sécher. On obtient ainsi une surface extrêmement dure qui peut s'apparenter au métal et que l'on creuse avec les mêmes outils que celui-ci, en particulier avec le burin. La gravure au bois de bout a été très utilisée au XIXe siècle pour les illustrations de revues et de journaux.

            2 - LE MÉTAL GRAVÉ EN CREUX - Cette technique date du XVe siècle. Elle est réalisée sur des plaques de cuivre, de zinc ou d'acier. Le principe général consiste à creuser des tailles ou des points creux, afin de pouvoir les remplir d'encre, la surface supérieure de la plaque étant ensuite soigneusement essuyée. Contrairement à la technique précédente, les creux correspondent donc aux noirs ou aux couleurs et les surfaces essuyées aux blancs.

            Deux procédés sont utilisés pour creuser le métal, l'attaque directe à l'outil et la morsure à l'aide d'un mordant ( acide ou sel ).

            Pour la taille directe à l'outil, on emploie la pointe, qui se tient comme un crayon, le burin, qui est poussé par la main posée à plat sur la plaque, des roulettes, striées de petits grains laissant sur le métal des marques plus ou moins régulières, ainsi que divers autres instruments permettant de creuser, de gratter, d'écraser et de polir.

            Le procédé de l'attaque par morsure consiste à vernir une plaque et, après séchage du vernis, à mettre le métal à nu aux endroits du dessin, généralement à l'aide d'une pointe. Les parties vernies ne seront pas attaqués mais les parties où le vernis a été enlevé le seront. C'est le procédé de l'eau-forte, bien que le mordant lui même ne soit pas toujours l'aqua fortis des anciens alchimistes, c'est-à-dire l'acide nitrique. On emploie aussi, en effet, le chlorure ferrique, qui est un sel, ainsi que d'autres préparations. C'est par le degré de concentration du mordant et par la durée de la morsure que l'on obtient des tailles plus ou moins profondes. Le procédé de l'eau-forte peut être diversifié. On peut ainsi obtenir une eau-forte au trait ou aux points, constitués dans ce dernier cas de petits creux ( aquatinte ). On peut utiliser le pinceau pour des effets de lavis, se servir d'encres spéciales pour dessiner sur le métal afin d'obtenir des taches ou encore laisser des marques par pression.

            La presse pour le creux est constituée de deux cylindres entre lesquels passent plaque gravée et papier, sous une forte pression; on dispose un feutre de laine entre le papier et le cylindre, afin que la pression soit bien répartie et pas trop brutale. À l'impression, l'image est inversée par rapport aux dessin fait sur la plaque.

            3 - LA LITHOGRAPHIE - Cette technique date de la fin du XVIIIe siècle et s'est surtout développée dans la première moitié de XIXe. Son inventeur est le Bavarois Aloys Senefelder. Il s'agit d'une méthode chimique qui n'implique ni creux ni relief. Son principe repose sur l'antagonisme entre parties grasses et parties mouillées. Le dessin est tracé sur une pierre calcaire - à grains ou lisse selon le résultat souhaité - à l'aide d'une encre ou d'un crayon constitués en grande partie de substances graisseuses. L'impression nécessite une préparation : le gras qui a pénétré la pierre est fixé, tandis que l'on protège les autres parties avec une solution de gomme arabique acidifiée afin qu'elles puissent garder l'humidité en surface. On encre ensuite au rouleau en maintenant constamment l'humidité sur la pierre, avec une éponge, de telle sorte que l'encre grasse soit repoussée sur toutes les parties qui doivent rester blanches. On peut substituer, à la pierre, des plaques de zinc qui auront été auparavant grainées, c'est à dire marquées en surface, à la manière du papier à grain.

            La presse lithographique est constituée d'un chariot, sur lequel est déposée la pierre, et d'un râteau, destiné à racler le papier sur la pierre au passage de celle-ci. Le mouvement est donné à l'aide d'une grande croix qui entraîne le chariot. L'impression lithographique est délicate et nécessite un bon métier, surtout pour certaines impressions en valeurs, les teintes. L'imprimeur doit savoir bien préparer sa pierre et donner la juste pression lors du passage. L'image imprimée est, comme dans les deux techniques précédentes, inversée par rapport au dessin sur la pierre. L'artiste a cependant la possibilité de dessiner à l'endroit s'il se sert d'un papier spécial, le papier report, qui permet de décalquer son dessin sur la pierre.

            4 - LA SÉRIGRAPHIE - Cette technique découle du pochoir, qui est un procédé très ancien, puisque les premiers pochoirs que l'on possède se trouvent sur des parois de grottes préhistoriques ( mains dont le contour est enduit de matières colorante projetée, probablement avec la bouche ). Plus tard, on trouve le pochoir en Asie, exécutée d'une manière très fine, en particulier à Ceylan. Le pochoir fut est reste encore utilisé pour mettre en couleur un dessin ou une impression. La gravure fut colorée au pochoir avant d'être imprimé en couleur. Les limites du pochoir viennent de la difficulté de diversifier l'intérieur des découpes qui ne donnent en fait que des silhouettes ( que l'on peut cependant améliorer par des superpositions ). Un première tentative pour affiner le dessin avait été faite au XVIIe siècle, au Japon, en maintenant par de fins cheveux, des motifs découpés dans la fenêtre d'encrage. Mais la grande transformation du pochoir eut lieu lorsqu'on eut l'idée de fixer le dessin sur un tissu, au début sur de la soie, d'où le nom de sérigraphie.

            Le tissu - aujourd'hui presque toujours synthétique - est tendu sur un cadre de métal ou de bois et placé tissu contre table d'impression, le cadre formant ainsi une cuvette dans laquelle on place l'encre d'impression. C'est aussi à l'intérieur du cadre - l'écran - que l'on va fixer le dessin selon le principe essentiel : toutes les mailles du tissu restant ouvertes laisseront passer l'encre d'impression au contraire de celles qui seront bouchées ( avec le bouche-pores ). On peut donc exécuter un dessin négatif ( l'encre passant en dehors de l'image ) ou positif ( l'encre passant sur l'image elle-même ). La liberté du dessin est totale et l'on peut même obtenir des demi-teintes. Lors de l'impression, le papier est placé sous l'écran, d'abord à quelques millimètres afin de ne pas être taché par l'encre qui traverse déjà le tissu, l'écran est rabattu et l'encre est fermement chassée du haut en bas de l'écran, à l'aide d'une racle ou raclette, obligée ainsi de se déposer sur le papier, à travers les ouvertures du dessin. L'écran est ensuite relevé et la feuille retirée.

            Le bouchage sélectif de l'écran peut être exécuté manuellement ou par les procédés photographiques, en sensibilisant le tissu ( on peut d'ailleurs aussi sensibiliser un bois, une plaque de métal ou une pierre ). La sérigraphie a apporté une grande révolution dans l'estampe en couleur, grâce à la richesse et à la diversité de ses encres. Il faut signaler que, contrairement aux techniques précédentes, l'impression n'est pas inversée par rapport à l'image qui se trouve sur l'écran.

On trouvera tous les développements de cet exposé dans le

DICTIONNAIRE TECHNIQUE DE L'ESTAMPE de André Béguin ( Chez l'Auteur )